Source: SMB

3 questions au Docteur Iria ONDO BENGONE, Chirurgienne dentiste

 

Dans un continent où le taux de couverture sociale est très faible, un grand nombre de personnes n'a pas accès aux soins bucco-dentaires. Tout en présentant les spécificités du métier de dentiste, le Docteur Iria ONDO BENGONE, Chirurgienne dentiste, propose des solutions pour "démocratiser" l'accès aux soins dentaires en Afrique.

 

  1. Par la nature de leur activité, les dentistes font partie des personnes les plus exposées au Coronavirus. Quelles mesures ont été prises par cette profession pour atténuer les risques de contamination ?

Tout d’abord, il est important de clarifier le mode de transmission du COVID-19 par coronavirus dont 6 espèces sont liées aux maladies humaines. Parmi ces espèces, 4 engendrent des symptômes similaires au rhume et les autres espèces, MER-Cov and SARS-Cov-2, engendrent des syndromes respiratoires aigus sévères. Le mode général de transmission se fait par sécrétions respiratoires et nasales sous forme de gouttelettes qui peuvent être projetées jusqu’à 1.5m. 

Dans la pratique du métier de dentiste, nous avons très souvent des formations d’aérosols liées à l’utilisation de détartreur sonique et ultrasonique, de seringues à air et eau, au contact de liquides. A cause de leur petite taille, les aérosols (0.1-10 microns) peuvent être projetés sur des distances plus grandes (jusqu’à 7.5m) et rester suspendus dans les airs jusqu’à 3 heures après émission. Ce qui expose le personnel dentaire à un haut risque de contamination. 

L’importance de la charge virale présente dans les cavités nasales et orales, et le haut potentiel de transmission par les patients asymptomatiques imposent la mise en place de mesures strictes, parmi lesquelles:  l’utilisation de 1.5% de peroxyde d’oxygène afin de bloquer la réplication du virus et réduire la charge virale orale considérablement avant tout traitement dentaire ; le port de couvre-nez chez le patient ; la réduction de l’utilisation de détartreur  ultrasonique pour des instruments manuels ; la mise en place de salles opératoires avec pression négative pour des chirurgies causant de forts aérosols ; le port d’équipements de protection individuelle adéquats et par-dessus tout, la décontamination des surfaces infectées. Les salles d’attente ont été aussi repensées avec la limitation du  nombre de patients et l’application de la distanciation physique.

 

         2. Le continent africain compte un taux faible de dentistes. Que préconisez-vous pour rendre attractif ce métier ?

Plusieurs actions peuvent contribuer à rendre plus attractif le métier de dentiste sur le continent. On peut citer : la création de journées portes ouvertes afin de vulgariser les professions dentaires et déstigmatiser le métier de dentiste ; la sensibilisation sur l’hygiène dentaire et l’impact qu’a la cavité orale sur la santé.  En effet, la bouche est un miroir sur le reste du corps car certains signaux et certaines pathologies sanguines, osseuses, cancéreuses ou même comportementales peuvent y être premièrement détectés. La présence d’une infection dans la cavité orale peut se répercuter dans d’autres systèmes (cardiaque, rénal, …) et vice versa.

Il est donc important d’avoir une approche dentaire et réaliser sa place dans le système médical en valorisant un travail d’équipe pour une meilleure qualité de soin, d’établir la connexion entre la santé orale et la santé générale, et de créer des programmes y relatifs pour offrir des soins holistiques, développer des réglementations sanitaires et assurer une meilleure couverture d’assurance.

 

        3. Face à des coûts de soins souvent inaccessibles, de nombreux africains restent en marge des soins dentaires. Quelles solutions proposez-vous afin d’assurer une santé bucco-dentaire efficiente au plus grand nombre ?

Cette triste réalité doit emmener les pouvoirs publics à renforcer le poids des soins bucco-dentaires dans les budgets de santé. Les compagnies d’assurances ont aussi un rôle fondamental à jouer à travers, entre autres, des couvertures dentaires tenant compte des réalités socio-économiques de leurs espaces opérationnels.

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