3 questions à Grâce NZE NKOURE, Docteur en Pharmacie

1. Comment la Pharmacienne que vous êtes participe-t-elle à la lutte contre le Coronavirus ?

Pour se prémunir contre le coronavirus, nous menons des actions d’abord auprès de notre personnel : les former sur cette pandémie ; ses symptômes,   le comportement à adopter pour la prévenir aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos officines, et quelles mesures prendre en cas de suspicion de Covid-19.

Ensuite,  auprès de notre patientèle : rappeler les mesures barrières et les faire appliquer dès l’entrée de nos structures ; délimiter l’espace pour permettre la distanciation et rappeler que la Covid-19 est bien réelle et que l’application des gestes barrières est la meilleure façon de la prévenir.

Ceci engendre un investissement supplémentaire car le matériel nécessaire à la protection devient de plus en plus cher avec un risque accru de rupture.

Désormais, nous recevons les clients dans nos officines avec des masques et des gants pour les agents de la caisse et ceux qui manipulent des ordonnances ; le fonctionnement interne a été modifié pour limiter au maximum les interactions humaines ; le transport de nos employés est désormais pris en charge pour assurer leur sécurité et maintenir nos structures ouvertes.

 

2. Pour pallier à la rupture des stocks de solutions hydro-alcooliques, l’OMS a demandé aux pharmaciens de les fabriquer eux-mêmes. Peut-on savoir comment se décline cette suggestion au Gabon ?

Au Gabon, le secteur pharmaceutique a embrassé à bras le corps cette suggestion. En effet,  ici, et de façon générale, les préparations officinales tendent à disparaitre et sortir du monopole pharmaceutique au profit des grandes surfaces. C’était donc une opportunité de nous réapproprier et de valoriser un pilier fondamental de notre métier : la préparation.

Malheureusement, plusieurs indélicats (non pharmaciens) profitent de la crise sanitaire actuelle pour se substituer aux chimistes et préparer des solutions plus nuisibles que protectrices. L’Agence du médicament qui est chargée de la veille et de la régulation, n’a pas manqué de nous rappeler la règlementation en vigueur relative aux matières premières servant à la préparation de ces solutions hydro alcooliques qui sont de la responsabilité principale du pharmacien, et auxquelles nous devons veiller avec soin.

Désormais, les solutions hydro alcooliques sont produites par l’ensemble de la profession.

 

3. Quelles mutations nécessaires cette crise sanitaire mondiale imposera-t-elle à l’écosystème pharmaceutique ?

La principale déconvenue observée est la conséquence directe des politiques de délocalisation.

En effet, la délocalisation des unités de production pour baisser le coût des médicaments a été bénéfique pour les groupes pharmaceutiques tout en désavantageant les systèmes de soins. Seuls étaient favorisés les pays dans lesquels sont générés les différents produits identifiés pour la lutte contre la Covid-19.

Nous assisterons sans doute à une multiplication d’unités de productions locales et/ou sous régionales afin de garantir l’efficacité et la disponibilité des médicaments et dispositifs médicaux. Mais également, à l’extension du réseau pharmaceutique national souhaitée depuis des années.

 

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